La démarche de consulter un psychologue est souvent présentée comme simple et accessible. Dans les faits, elle s’avère fréquemment plus complexe…
Les personnes en recherche d’un accompagnement psychologique se trouvent rapidement confrontées à plusieurs difficultés : une offre de professionnels importante (je choisis lequel!!), des appellations parfois floues, des délais d’attente impressionnants longs, ainsi qu’un manque de repères pour différencier les pratiques. À cela s’ajoute le contexte même de la demande, qui s’inscrit généralement dans un moment de vulnérabilité. En général, quand on cherche un psy, c’est qu’on n’est pas au top…
Cet article vise à clarifier ces différents aspects afin de soutenir un choix éclairé.
Psychologue et psychologue clinicien
En Belgique, le titre de psychologue est un titre protégé. Son usage est conditionné par l’obtention d’un master en psychologie et par l’inscription à la Commission des psychologues. Toutefois, ce cadre légal ne garantit pas en soi une formation à la pratique clinique.
En effet, les études en psychologie se déclinent en différentes spécialisations (psychologie du travail et des organisations, psychologie sociale, neuropsychologie, psychologie du développement, etc.). Une personne peut donc être reconnue comme psychologue sans avoir été formée à l’accompagnement thérapeutique.
Psychologue clinicien = formation universitaire en psychologie avec une spécialisation en clinique/santé mentale + des stages en clinique/santé mentale >< Psychologue = formation universitaire en psychologie sans être formé spécifiquement à l’accompagnement en santé mentale.
La formation : un critère central d’évaluation
La question de la formation constitue d’ailleurs un repère central, bien qu’elle soit souvent peu explorée par les personnes en recherche. Le paysage actuel est marqué par une grande hétérogénéité des parcours. Certaines formations s’inscrivent dans un cadre universitaire structuré, avec des exigences théoriques et pratiques importantes, tandis que d’autres sont plus courtes, parfois entièrement en ligne, et offrent un niveau de formation plus variable. Sans entrer dans une logique de jugement, il peut être utile de s’intéresser à la cohérence du parcours, à la durée de la formation et à la place accordée à la pratique clinique.
Psychologue ou psychiatre?
La distinction entre psychologue et psychiatre mérite également d’être clarifiée. Le psychiatre est un médecin spécialisé en psychiatrie. À ce titre, il est habilité à poser des diagnostics médicaux et à prescrire des traitements, notamment médicamenteux. Sa pratique est généralement davantage centrée sur l’évaluation clinique, la stabilisation des symptômes et le suivi médical. Les consultations sont souvent plus courtes et peuvent être moins régulières, en fonction des besoins et de l’évolution de la situation.
Le psychologue, quant à lui, n’est pas médecin. Son travail s’inscrit davantage dans un suivi psychothérapeutique, avec des séances plus longues et régulières. Il s’agit d’un espace de parole et d’élaboration, dans lequel les difficultés peuvent être explorées en profondeur, dans le temps.
Ce ne sont donc pas les mêmes métiers. Cependant, dans de nombreuses situations, ils sont complémentaires. Une personne peut, par exemple, être suivie par un psychiatre pour un traitement médicamenteux, tout en étant accompagnée par un psychologue pour le travail thérapeutique.
Psychologues agréés et conventionnés
La question du coût et du remboursement intervient également dans le choix. Un psychologue agréé est inscrit à la Commission des psychologues, ce qui permet généralement un remboursement partiel des consultations par les mutuelles.
Les psychologues de première ligne, dits conventionnés, travaillent dans un dispositif spécifique visant à rendre les soins plus accessibles financièrement. Toutefois, l’accès à ce statut est limité par des critères institutionnels, notamment en termes de quotas et de réseaux. Tous les psychologues ne peuvent donc pas être conventionnés, indépendamment de leur volonté.
Il est important de souligner que ce statut ne constitue pas un indicateur de compétence. La qualité du travail ne dépend pas du conventionnement, mais du parcours, de la formation et de l’expérience du professionnel. Les délais d’attente peuvent néanmoins être plus longs dans les dispositifs conventionnés, ce qui peut aussi influencer le choix.
Statuts et appellations : une nécessaire vigilance
Les appellations utilisées dans le champ de l’accompagnement peuvent prêter à confusion. Les titres de psychologue et de psychologue clinicien sont protégés, tandis que des termes comme thérapeute, psychothérapeute, coach ou sexologue ne sont pas toujours réglementés. Cela ne signifie pas que les professionnels qui utilisent ces titres ne sont pas compétents, mais cela implique une vigilance accrue quant à leur formation et à leur cadre de pratique.
Les approches thérapeutiques : diversité des cadres théoriques
Les pratiques psychothérapeutiques s’inscrivent dans différents référentiels théoriques, qui orientent la compréhension des difficultés et les modalités d’intervention. Parmi les principales approches :
- L’approche psychanalytique, centrée sur l’exploration de l’inconscient et de l’histoire personnelle, dont le père fondateur est Freud. Ce sont les analystes ou psychanalystes — ceux qui, sans grande surprise, psychanalysent.
- L’approche systémique, qui s’intéresse aux dynamiques relationnelles et aux interactions. Elle part du principe que les difficultés ne se situent pas uniquement dans la personne, mais dans les liens qu’elle entretient avec les autres. Le travail consiste alors à comprendre ce qui se joue dans ces relations, dans les places, les rôles, les répétitions, plutôt que de se centrer uniquement sur l’individu isolé.
- Les approches cognitivo-comportementales (TCC), qui proposent des outils structurés visant les pensées et les comportements. Elles s’intéressent à la manière dont certaines façons de penser influencent les émotions et les actions, et cherchent à introduire des changements concrets à ce niveau. Le travail est souvent plus directif, orienté vers des objectifs, avec des exercices ou des pistes à expérimenter entre les séances.
- Les approches humanistes et gestaltistes, qui privilégient l’expérience subjective et la relation. Elles mettent l’accent sur le vécu émotionnel, le ressenti dans l’instant présent, et la manière dont la personne entre en contact avec elle-même et avec les autres. Le travail se fait souvent dans une attention fine à ce qui se passe “ici et maintenant”, dans la relation thérapeutique elle-même.
Dans la pratique, de nombreux psychologues adoptent une posture intégrative, articulant différents modèles théoriques en fonction des besoins.
La relation thérapeutique
Au-delà de ces repères, la relation thérapeutique reste centrale. Et contrairement à ce qu’on imagine parfois, elle ne se construit pas en une séance. Il faut souvent un peu de temps pour comprendre comment l’autre travaille, trouver ses marques, et commencer à se sentir à l’aise. Donc oui, la première impression compte… mais elle n’est pas toujours un verdict définitif (même si on aimerait bien que ce soit aussi simple).
Les ressentis en séance — comme le fait de ne pas se sentir compris, entendu ou respecté — ne sont pas forcément des signes que “ça ne fonctionne pas”. Ils peuvent aussi faire partie du travail. Dire “je ne me suis pas sentie comprise la dernière fois”, ce n’est pas créer un problème, c’est souvent commencer à en travailler un. Et accessoirement, ça évite de passer trois séances à se dire intérieurement “bon… là, ça ne va pas du tout”. La thérapie ne repose pas sur une relation parfaite, mais sur une relation dans laquelle on peut aussi dire quand ça ne va pas!
Cela dit, il arrive que malgré tout, la relation ne prenne pas. Et dans ce cas, changer de psychologue reste tout à fait légitime. Trouver quelqu’un qui nous correspond peut demander un peu de temps… et parfois quelques essais.
Enfin, il est important de rappeler que la psychothérapie s’inscrit dans le temps. Le changement ne se produit pas en quelques séances. Il implique un travail progressif, parfois inconfortable, qui demande de la régularité et un certain engagement dans le processus. Il faut donc accepter de faire preuve de patience. Tout ne se résout pas en deux mois malheureusement!
Choisir un psychologue, ce n’est pas seulement comparer des formations ou des approches. C’est aussi accepter de naviguer entre des repères assez concrets… et quelque chose de beaucoup plus subjectif, surtout dans un moment où l’on est déjà un peu bousculé. Avec le recul, ce choix se construit rarement en une fois. Il se fait plutôt au fil de la rencontre, des premières séances, des ajustements. On teste, on ressent, on comprend un peu mieux ce dont on a besoin — et parfois, on change d’avis en chemin. Au fond, ce qui rend possible un travail thérapeutique, ce n’est pas uniquement le cadre ou la méthode. C’est la combinaison des deux : un cadre suffisamment solide pour se sentir en sécurité, et une relation dans laquelle quelque chose peut se dire… même si ce n’est pas toujours simple au début.
Sophie Kersten, psychologue clinicienne (moi aussi avant j’étais perdue)
Petit guide pratique
Avant de prendre rendez-vous, vous pouvez simplement prendre un moment pour vérifier quelques éléments :
- Regarder la formation du psychologue : est-elle orientée vers la clinique ? Vérifier si le terme “clinicien” est mentionné (ou non) Si ce n’est pas clair, se sentir légitime de poser la question
- Se renseigner sur l’approche et la manière de travailler
- S’informer sur le type de public accompagné (adultes, enfants, famille, couples…) Cela permet de voir si le professionnel travaille avec des problématiques proches des vôtres
- Clarifier le cadre : durée des séances, fréquence, tarif, remboursement
Et puis, dans le premier contact :
- Observer comment vous vous sentez dans l’échange
- Ne pas chercher à “tout savoir” immédiatement. Soyez patient
- Vous autoriser à ajuster en cours de route si nécessaire
- Se demander si l’on se sent suffisamment en sécurité pour parler — c’est sans doute l’un des éléments les plus importants.
L’idée n’est pas de tout analyser, mais d’avoir quelques repères pour ne pas choisir complètement à l’aveugle.

